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Entretien avec Olivier Hue

À l’occasion de la série de concerts et conférences d’Antoine Ouellette sur le thème Autisme, Musique et Botanique, Buffet Crampon s’est entretenue avec Olivier Hue.

1. Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer du hautbois ?
Quand j’étais enfant, j’ai entendu pour la première fois le hautbois dans un disque de comptines. Je ne connaissais pas ce solo, mais en le réécoutant à vingt ans, je me suis rendu compte qu’il s’agissait de la cadence du concerto de Strauss. C’est donc la cadence du concerto de Strauss qui m’a donné, de manière inconsciente, l’envie de faire du hautbois.

2. Dans quel cadre avez-vous commencé le hautbois ?
J’ai commencé le hautbois à l’âge de huit ans dans un petit village de montagne, au sein d’une harmonie qui s’appelait l’Espérance. Et de l’espérance, il en a fallu beaucoup pour en arriver là où je suis aujourd’hui : le hautbois que je jouais n’était plus tout jeune, nous achetions des anches par correspondance et le professeur qui m’a enseigné le hautbois pendant mes cinq premières années d’étude était trompettiste !

3. Quel a été votre parcours par la suite ?
J’ai d’abord rejoint le professeur de hautbois le plus proche, qui était tout de même à 100 km, à Chambéry. Je suis ensuite passé par Grenoble, puis Boulogne Billancourt, et enfin par un perfectionnement de deux ans avec François Leleux, dont je fus l’un des premiers élèves. En parallèle, j’ai aussi fait des études d’écriture, de pédagogie et d’éveil musical, ce qui m’a amené à enseigner dans d’autres domaines avant de me consacrer uniquement au hautbois.

4. Depuis combien de temps enseignez-vous au Conservatoire à Rayonnement Régional de Lyon ?
J’enseigne au CRR de Lyon depuis quinze ans, ce qui représente pour moi quinze ans de projets divers et variés, rendus possibles par un corps enseignant de 250 personnes. Autant d’occasions de développer des projets et collaborations pédagogiques et artistiques !

5. Si vous deviez citer l’une de vos collaborations les plus marquantes ?
Si je devais en évoquer une parmi les dernières, je parlerais de celle que j’ai montée avec l’Ecole du Cirque. J’étais impliqué à la fois comme artiste et comme professeur puisque j’ai entraîné des élèves dans le projet. Il n’y avait pas que du hautbois : l’un de mes élèves jouait aussi de la guitare et de la basse électrique, l’autre du basson et du saxophone.
Ce que j’ai développé, et qui n’existait pratiquement pas en arrivant au Conservatoire, c’est la pratique d’ensemble à anches doubles. Depuis cinq ans, cela représente une activité importante pour les élèves de troisième cycle et les adultes amateurs, qu’ils jouent du hautbois, du cor anglais ou du basson.

6. Quel est le répertoire de votre ensemble d’anches doubles ?
Ces dernières années, nous avons créé deux contes musicaux. Le principe de départ était de retranscrire des œuvres pour élargir notre répertoire. C’était l’occasion de travailler avec les professeurs d’écriture du Conservatoire. Ces musiques, principalement issues de Bartók ou Tchaïkovski, nous ont inspiré des histoires. Nous avons adopté ce petit conte musical à l’occasion du congrès de l’AFH de Clermont Ferrand. Cet univers s’est ensuite développé, enrichi : un nouveau conte musical a été écrit l’année suivante.

7.Quelle place occupe l’improvisation dans votre conception de la pédagogie ?
Depuis trois ans et demi, j’ai développé au CRR de Lyon un collectif d’improvisation libre avec plusieurs enseignants et des grands élèves. Nous explorons chaque semaine l’improvisation, en dehors de toute convention. Nous nous contentons de jouer, d’enregistrer, de réécouter et de produire trois concerts par an. C’est un exercice qui demande beaucoup d’écoute et de retenue. Cette expérience d’improvisation représente une part créative très importante dans mon activité de professeur, une vraie bouffée d’air frais.
Depuis le début de ma carrière, j’essaye donc de développer chez mes élèves des embryons de composition et d’improvisation, afin de les guider vers la création de nouvelles musiques. Les projets artistiques et créatifs tiennent une vraie place dans ma vie d’enseignant.

8. Quels sont vos projets en cours avec votre classe du CRR ?
Au printemps 2017, nous montons Water Music en collaboration avec l’un des orchestres symphoniques du conservatoire. Nous retravaillons entièrement la partition pour ensemble d’anches doubles et orchestre. Nous aurons également une masterclass du trio Astria le 8 avril 2017, avec le soutien de Buffet Crampon.
Pour l’automne 2017, nous avons déjà un projet de création pour hautbois solo et ensemble d’anches doubles, une œuvre écrite par Jeremias Iturra, un jeune compositeur lyonnais qui m’a sollicité pour mettre en œuvre cette commande d’Etat.
Vers la même époque, nous prévoyons de monter la messe Saint Jérôme de Michael Haydn, une œuvre qui a la particularité d’être composée pour chœur soliste et petit ensemble de quatre hautbois, deux bassons, trois trombones et continuum, le seul instrument à cordes étant éventuellement la contrebasse. C’est une œuvre magnifique où le hautbois tient une place de soliste parmi les solistes. Elle a sans doute inspiré Mozart, dont les œuvres comportent souvent des techniques de composition de Michael Haydn.

9. Les 5 et 7 décembre 2016 a lieu à Lyon une série de concerts et conférences d’Antoine Ouellette sur le thème Autisme, Musique et Botanique. Comment ce projet a-t-il vu le jour ?
Le projet avec Antoine Ouellette s’est développé par le biais de l’autisme. J’étais en lien avec la présidente de l’association Austism’harmonie, Magali Camilla, dont le fils autiste pratique la musique. En cherchant de la documentation sur ce sujet, j’ai découvert cet ouvrage d’Antoine Ouellette, Musique autiste. Vivre et composer avec le syndrome d’Asperger. Ce livre m’a passionné.

Nous avons alors pris contact avec Antoine Ouellette, qui venait justement de composer une pièce pour hautbois seul, Dent-de-Lion, que j’ai créée en 2014 à l’occasion de l’une de ses conférences à Lyon. En repartant pour Montréal, il m’a laissé plusieurs partitions, dont Roseraie et Roseaux, qui font intervenir en soliste le hautbois et le cor anglais.
Le sujet du premier ouvrage de recherches d’Antoine Ouellette portait sur les liens entre le chant des oiseaux et la musique humaine. La ferme du Vinatier, où se déroule le premier cycle des concerts conférences le 5 décembre, abrite quant à elle un projet sur les jardins à l’anglaise, et fait partie du complexe hospitalier du Vinatier qui dispose d’un département dédié à l’autisme. J’ai donc décidé de lancer ce projet de concerts conférences afin d’aborder tous ces sujets qui nous tiennent à cœur : autisme, musique et botanique.
Tout s’est organisé grâce au soutien de Buffet Crampon, du CRR de Lyon et de la Ferme du Vinatier.

10. Comment avez-vous abordé le programme de ces concerts ?
Ce sont des musiques pour ensemble qui ont nécessité de rassembler de nombreux musiciens. Catherine Arnoux, professeur de violon du CRR de Lyon, s’est même mise à l’alto pour l’occasion. La pièce Rivages pour clarinette solo va être créée par Aude Buet, professeur de clarinette. Bourrasque, pièce pour flûte seule créée il y a quelques années au Canada et interprétée par Valérie Lewandowski, est dans une veine tout à fait différente et apportera un contraste avec le reste du programme.
Mercredi 7 décembre, c’est donc un concert carte blanche à Antoine Ouellette, avec quatre de ses œuvres, dont trois créations mondiales et une création européenne, présentées par Antoine Ouellette lui-même.

11. Est-ce la première fois que vous donnez carte blanche à un compositeur ?
J’ai eu une première expérience de concert « carte blanche à un compositeur vivant » il y a exactement vingt ans, dans le cadre de mes études à Boulogne Billancourt. Il s’agissait d’Ivan Jevtic, un compositeur serbe. C’était la première fois que je travaillais une pièce destinée à être travaillée avec le compositeur et jouée devant ce même compositeur. Ce projet a donné lieu à une autre collaboration, sous la forme du trio d’anches Triolivier qu’Ivan Jevtic a écrit à mon intention, créé en 1997.
Le travail avec Antoine Ouellette est très intéressant, car son but n’est pas de répondre à des commandes ou de respecter des délais, mais bien de combler une sorte de nécessité personnelle. C’est une musique qui échappe à toute idée d’école ou de mode, et qui, tout en étant extrêmement réfléchie, reste spontanée et très personnelle. C’est l’occasion de montrer la musique comme révélatrice d’une personnalité et d’une vie.

12. Quelle est votre relation à Buffet Crampon ?
De manière générale, je me pose beaucoup plus de questions sur la manière d’enseigner la musique, de la partager, de la créer, que sur l’instrument que je joue. Or, quand j’ai joué pour la première fois les Romances de Schumann sur mon hautbois Prestige Green LinE actuel, j’ai senti que l’instrument me permettait de penser davantage à la musique qu’aux problèmes techniques. Il était plus fiable sur la justesse, les sons filés, les intervalles. Je m’y suis immédiatement attaché. Il continue d’ailleurs de me rendre fidèlement service.
J’ai eu récemment l’occasion de visiter l’usine Buffet Crampon. C’est une expérience qui m’a beaucoup marquée : c’était la première fois que j’entrais dans un atelier de hautbois et que je me rendais véritablement compte du savoir-faire et de la motivation nécessaires à la fabrication de ces instruments.
Un grand merci à l’équipe de Buffet Crampon pour son soutien !

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