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Entretien avec Michel Hoffmann

À l’occasion des Rencontres Européennes Anches Doubles à Besançon du 21 au 23 octobre 2016, Buffet Crampon s’est entretenue avec Michel Hoffmann, qui jouera un concert samedi 22 octobre durant le congrès.

1. Quel est votre parcours en tant que hautboïste et comment en êtes-vous venu à jouer un instrument Buffet Crampon ?
J’ai découvert le hautbois à l’âge de onze ans à Besançon. On peut donc dire que ces XXe Rencontres Européennes d’Anches Doubles sont un retour aux sources ! J’ai eu le coup de foudre en entendant Jacques Costarini, un professeur réputé pour l’excellence de sa classe. Petit à petit, le hautbois a pris de plus en plus de place dans ma vie.

Au terme de mes études, j’ai eu la chance de travailler avec Pierre Pierlot, Daniel Arrignon et Lajos Lencses. Ces trois maîtres du hautbois m’ont, chacun à leur manière, beaucoup apporté.

J’ai enseigné le hautbois à Brest à partir de 23 ans. J’ai également eu d’autres postes et diversifié mes activités, entre pédagogie, musique de chambre, orchestre… J’aime beaucoup la musique de chambre et, même si je ne suis pas soliste, j’ai joué les œuvres de Strauss ou Mozart.

Ma dernière découverte s’est faite grâce à Christian Moreaux, qui est un des rares à avoir mené une carrière de hautbois baroque, moderne, romantique… Christian peut passer de la Sequenza de Berio au hautbois de chasse ancien ! Aujourd’hui, Christian est professeur à Lorient, nous sommes donc voisins. Il m’a introduit au hautbois baroque et cela me permet d’initier à mon tour mes élèves. Jouer du hautbois baroque est compliqué et c’est pourquoi nous sommes peu à le faire. Beaucoup de hautboïstes modernes ont touché au hautbois baroque, mais il est très difficile de mener les deux de front.

Evidemment, le trio d’anches Trielen occupe beaucoup de place pour moi à l’heure actuelle, et ce depuis 11 ans.

2. Pourquoi avoir choisi d’interpréter l’Horloge de Flore de Jean Françaix lors de cette XXe Rencontre Européenne d’Anches Doubles à Besançon ?
Quand Fabrice Ferez m’a présenté le thème de ce congrès, « notre temps », l’idée a été d’associer le temps avec le passé horloger de la ville de Besançon. Lorsque j’y habitais, la ville centralisait tout ce savoir-faire, avec un nombre d’ouvrier impressionnant. Il y avait énormément d’ateliers dans la région du Haut-Doubs. Nous avons donc pensé à cette pièce, L’horloge de Flore de Jean Françaix, qui est une évocation musicale d’une horloge florale conçue par un botaniste suédois. Chacune des espèces sélectionnées s’ouvrait à une heure différente du jour ou de la nuit, pour constituer un véritable cadran. Je trouve que l’ensemble est très beau, très poétique !

L’Horloge de Flore évoque également le temps, intimement lié à cette esthétique française du XXème siècle. Beaucoup de hautboïstes de ma génération ont abordé ce répertoire spécifique, souvent par le biais de la musique de chambre, que ce soit par le trio de Poulenc, le trio d’anches de Georges Auric et Jean Françaix bien sûr. Ils ont tellement fait pour notre instrument. Replonger dans cet univers me rappelle beaucoup de souvenirs.

En plus de cette association d’idées, de réflexion, je n’avais jamais joué L’Horloge de Flore. C’est beau, pétillant, contrasté, accessible à tous et en même temps très élaboré, très savant.

3. Comment avez-vous travaillé avec Brice Pauset pour cette première interprétation de son oeuvre pour hautbois solo ?
L’œuvre a été écrite il y a 30 ans. Elle n’a pas de titre, c’est un cadeau d’anniversaire !

J’ai eu la chance de connaître Brice Pauset à Besançon, dont il est originaire. C’est un excellent pianiste et violoniste. Nous avons travaillé ensemble à l’époque, et nous avons donné la quasi-intégralité du répertoire traditionnel hautbois et piano en concert. Nous avons également abordé le répertoire contemporain, des choses très difficiles, et enfin ses propres œuvres.

Je me souviens d’une sonatine, qu’il avait écrite un peu pour moi, et qui me posait de nombreuses difficultés. Brice s’inscrivait à l’époque dans un courant de complexité musicale. C’est également un compositeur qui a la réputation d’écrire de manière difficile, mais c’est surtout sa notation qui est extrêmement précise, très rigoureuse, avec des signes ou des indications d’expression sur chaque note. Mais lorsqu’il m’expliquait, tout s’éclairait !

On a tellement travaillé ensemble par le passé, que lorsque j’ai retrouvé cette partition, tout m’est revenu. Ca se joue un peu comme du Mozart ! Finalement, je n’ai eu que très peu de choses à demander à Brice pour l’élaboration de cette pièce. Il était tout simplement très content que je la joue. Quand je lui ai renvoyé les partitions, qu’il avait perdues, c’était très émouvant, autant pour lui que pour moi, de revoir ces notes, de se souvenir. Là aussi, on est encore dans la thématique du temps !

C’est également la première fois que le public entendra cette œuvre pour hautbois.

4. Vous venez de sortir un nouveau CD dédié à la musique française pour trio d’anches avec votre ensemble Trielen, parlez-nous un peu plus de cet enregistrement.
Le CD a été réalisé par le même label que les deux précédents, Ad Vitam, dont l’ingénieur du son, Jean-Yves Labat de Rossi, est un ami. Nous l’avons enregistré dans l’auditorium du conservatoire de Brest qui bénéficie d’une acoustique remarquable ! C’est également un CD qui a eu de bonnes récompenses : 4 étoiles dans Classica et 4 Diapasons.

L’idée de ce « concept album », comme le disaient les rockers dans les années 1970, était de réunir quelques compositeurs témoins de cette fameuse esthétique française de l’entre-deux guerre, caractérisée par un net rejet du romantisme allemand et une ironie cinglante et omniprésente. C’est une musique qui demande une grande spontanéité mais qui est en même temps très exigeante techniquement, comme Jean Françaix et son Horloge de Flore. Il faut savoir détacher et être rapide dans les changements d’ambiances. Pour moi, une des raisons de la réussite de cet album est l’ambiance de travail, très familiale et amicale. Nous avons pu privilégier les prises longues, qui présentent un certain risque, mais qui conservent une certaine fraicheur entre nous.

Nous avons comme projet un autre CD consacré à la musique française, avec le trio de Jean Françaix et éventuellement Florent Schmidt avec piano. En mars prochain, nous donnerons à Brest Divertimento Corsica d’Henri Tomassi, avec orchestre. Encore quelqu’un qui a énormément fait pour les instruments à vent !

5. Que représente Buffet Crampon pour vous ?
Au début des années 1990, j’ai eu besoin de trouver de nouvelles sensations, de nouvelles relations avec le hautbois. J’ai alors poussé la porte de Buffet Crampon. Daniel Arrignon était essayeur à l’époque, et c’est grâce à lui que j’ai obtenu un rendez-vous et que je joue un hautbois Buffet Crampon aujourd’hui. René Lesieux, chef de l’atelier hautbois, a été un personnage très important dans le choix de mon instrument. Lors de mes essais, René ne disait rien, il étudiait chacune de mes réactions. J’avais l’impression d’être accompagné à ce moment-là, et j’ai toujours cette sensation avec Buffet Crampon. J’ai été enchanté, car chaque instrument était aussi bon que le précédent. J’ai trouvé ce que je recherchais : chaleur, sonorité, homogénéité, projection…

Le développement des modèles Green Line a également été très important pour moi. Aujourd’hui, je joue un hautbois Orfeo Green Line, c’est un instrument impressionnant ! Il y a eu énormément de travail réalisé sur les Green Line depuis les débuts et je trouve qu’il s’agit d’une révolution : pouvoir transporter son hautbois partout dans le monde tout en gardant un son chaleureux.

Aujourd’hui, j’en suis à mon 6ème hautbois Buffet Crampon, et c’est toujours un plaisir de venir dans les ateliers à Mantes-la-Ville. J’apprécie cette relation de confiance absolue que j’entretiens depuis plus de 20 ans avec Buffet Crampon.

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